Perspectives #1 : un regard (subjectif) sur l’imagerie médicale
Veille

Perspectives #1 : un regard (subjectif) sur l’imagerie médicale

Écrit par Jérémy Coulot le 17 février 2026

PERSPECTIVES, est une nouvelle newsletter « made in » esprimed

En 2025, j’ai réalisé à quel point transmettre était important pour moi, et ancré dans l’ADN fondamental d’esprimed.

Parce que nous sommes saturés d’infos en continu, il m’a semblé nécessaire de revenir à quelque chose de plus simple : la newsletter. Facile à lire (ou pas) quand on veut, et où on veut (et on se désabonne si on n’aime pas).

Cette nouvelle newsletter, comme son nom l’indique, cherchera donc à tracer des « perspectives » autour des sujets habituels, mais d’un point de vue personnel, subjectif, et je l’espère, pertinent ! Sans m’interdire de digresser de temps en temps sur des sujets périphériques (promis je ne vous raconterai pas mes vacances).

– Jeremy Coulot

L’analyse

Quel avenir pour la formation des professionnels de santé ?

Jamais les enjeux de formation continue n’ont autant été mis en avant dans notre quotidien, notamment par l’ASNR, dans la logique de la décision qualité 2019-DC-0660. Pourtant, le plus grand flou règne actuellement sur le système qui régit, depuis près de dix ans, la formation obligatoire des professionnels de santé : le DPC. En cause ? L’annonce de la suppression de l’ANDPC et la reprise probable de ses missions par France Compétences.

Un système à bout de souffle ?

Rappelons que le DPC avait pour mission de financer la formation des professionnels libéraux et des salariés des centres de santé, soit environ 453 800 personnes. Pour autant, difficile de qualifier ce dispositif de succès total : au cours de la période 2020-2022, seuls 5 % des professionnels soumis à cette obligation l’ont respectée.

Déconnecté des préoccupations des professionnels, trop complexe, trop rigide : on peut discuter longuement de l’intérêt du dispositif. Pour autant, il avait le mérite d’exister et restait une spécificité française. Contrairement à la majorité des pays occidentaux où la formation continue obligatoire est du ressort du professionnel qui la finance lui-même, la France a fait le choix de prendre en charge le coût des formations et l’indemnisation de la perte de revenus à travers un pilotage national via une agence publique (l’ANDPC donc).

Cette approche solidaire, si elle était louable dans son principe, s’est heurtée à plusieurs écueils : des procédures administratives lourdes, un catalogue de formations parfois éloigné des besoins réels du terrain, et une adhésion faible des professionnels qui y voyaient davantage une contrainte qu’une opportunité de développement.

2026 : une année de transition

2026 est certainement la dernière année où ce système prévaudra, l’administration ayant décidé de proroger les orientations précédentes du DPC et les budgets, souvent déjà engagés, pour 2026.

Et pour 2027 ? La certification périodique en ligne de mire

On s’oriente vers une refonte complète de la philosophie de la formation continue, avec une obligation de certification périodique qui couvre trois axes : la formation continue, les relations avec les patients, et la santé du professionnel de santé. Cette démarche est plus large que le DPC. Son objectif ? Certifier un professionnel sur un cycle de six ans (neuf ans pour les professionnels déjà en exercice au 01/01/2023, puis retour à six ans), sur la base d’au moins deux actions prévues dans chacun des quatre blocs : maintien des connaissances, amélioration des pratiques, relations avec les patients, santé du professionnel. Soit un minimum de huit actions.

Mais les actions qui permettent d’obtenir la certification sont beaucoup plus larges que celles du DPC : elles consistent en la reconnaissance d’actions courantes qui n’impliquent pas nécessairement l’intervention d’organismes dédiés et financés. Le tout sous contrôle des Conseils Nationaux Professionnels (CNP). Une bonne manière pour l’État de faire des économies en ces temps de disette budgétaire, tout en élargissant le périmètre de ce qui « compte » comme formation.

Des zones d’ombre persistent

Pour autant, la certification périodique résout-elle tous les problèmes de la formation continue ? Pour l’instant, elle ne concerne « que » les professions à ordre, ce qui exclut, par exemple, les manipulateurs radio et les physiciens médicaux. Ces professions « sans ordre » devraient toujours relever d’une obligation de formation continue dont la forme et le financement restent à définir, même si le rôle des CNP semble confirmé, ainsi que la valorisation des actions non payantes (EPP, CREX, etc.). Cette incertitude génère une inquiétude légitime chez ces professionnels qui se retrouvent dans un vide juridique et organisationnel – surtout quand les CNPs ont investi dans la création de formation ad-hoc de grande qualité. 

En attendant, les signaux sont mauvais pour les formations distancielles, pourtant largement plébiscitées par les professionnels de santé pour leur flexibilité. Leurs prises en charge sont réduites, voire annulées : un paradoxe à l’heure où la digitalisation est présentée comme l’avenir de la santé.

En conclusion

Un grand flou règne sur l’avenir de la prise en charge des actions de formation des professionnels de santé – sujet pourtant clé pour assurer qualité et sécurité des soins, mais aussi progression professionnelle des salariés et amélioration des pratiques. Les prochains mois seront décisifs pour comprendre comment ce nouveau système se mettra concrètement en place et quelles seront les ressources mobilisées pour accompagner cette transition.

Retour d’expérience

EARL : des évolutions majeures pour l’accréditation TEP au 18F

En médecine nucléaire, l’EANM vient d’annoncer des évolutions significatives pour les standards d’accréditation EARL en imagerie TEP au 18F. Ces changements entreront en vigueur courant 2026, et méritent qu’on s’y attarde.

Des SUV Recovery Coefficients aux Contrast Recovery Coefficients : plus qu’un changement de nom

Le passage des SUV Recovery Coefficients (RCs) aux Contrast Recovery Coefficients (CRCs) constitue le cœur de cette révision pour les niveaux 1 et 2. Cette transition, qui peut sembler purement technique au premier abord, reflète en réalité une volonté de mieux caractériser les performances réelles de nos systèmes d’imagerie.

Les CRCs offrent une représentation plus fidèle de la capacité des machines TEP à distinguer le signal du bruit de fond.

Cette évolution s’inscrit dans une démarche plus large de l’EARL : harmoniser les pratiques à l’échelle européenne pour permettre une meilleure comparabilité des examens TEP entre centres, un enjeu majeur notamment pour le suivi des patients en oncologie ou dans les essais cliniques multicentriques.

Des procédures simplifiées

L’EARL a prévu une mise à jour complète de son écosystème documentaire : manuel utilisateur, spécifications techniques et base de données seront alignés sur ces nouveaux critères. Une attention particulière a été portée à la simplification des procédures avec l’introduction d’une méthodologie « une seule seringue » pour le remplissage du fantôme corps NEMA IEC.

Cette simplification devrait réduire le temps de préparation des contrôles qualité et limiter les sources d’erreur lors de la manipulation du fantôme, et mieux garantir la reproductibilité des mesures.

Une ouverture bienvenue vers l’imagerie cérébrale dédiée

Enfin, et c’est une excellente nouvelle, l’accréditation EARL est désormais accessible aux sites équipés de caméras dédiées cerveau ! Cette extension reconnaît l’importance croissante de l’imagerie TEP cérébrale dans le diagnostic précoce des maladies neurodégénératives et offre aux centres spécialisés un cadre de référence pour garantir la qualité de leurs acquisitions.

Que faire concrètement ?

Pour les services concernés, il est recommandé de :

  • Se familiariser dès maintenant avec les nouveaux critères CRC
  • Anticiper d’éventuels ajustements des protocoles d’acquisition
  • Prévoir le temps nécessaire à la formation des équipes sur ces nouveaux standards]

👉 Plus d’informations sur le site de l’EARL

Perspective du mois

Souveraineté numérique : et si c’était notre affaire ?
Les premières semaines de 2026 ont été assez éprouvantes pour toutes les personnes attachées au « concept » de démocratie. Les soubresauts de la politique américaine ont spécifiquement mis en évidence la fragilité de l’Europe sur le sujet de la souveraineté.

C’est l’objet d’une chronique de Gilles Babinet qui identifie le numérique comme notre principale fragilité : l’Europe achète 264 milliards de dollars par an de services numériques aux États-Unis. Et le développement de l’Intelligence Artificielle, presque exclusivement américaine, ne risque pas d’orienter ces chiffres à la baisse.

Un défi particulièrement aigu pour la santé

Reprendre la main et s’appuyer sur des outils souverains, c’est déjà difficile pour le grand public, mais pour le secteur de la santé, le problème est de taille. Reprendre le contrôle sur les données de santé, très souvent stockées sur des serveurs AWS ou Microsoft, ne se fait pas en quelques jours. Même avec une volonté politique forte, il faudra du temps pour construire les infrastructures européennes (même si l’état vien d’annoncer un nouvel appel d’offre pour relocaliser les données du HealthDataHub sur des serveurs « souverains »)

Quant aux logiciels métiers – je pense notamment aux systèmes d’information hospitaliers – ils sont souvent, eux aussi, dépendants de solutions extra-européennes.

Quelle est notre exposition à ce risque en tant que professionnels de l’imagerie ? Comment anticiper ce risque et quelles actions mettre en place ?

Nul doute que dans les prochains mois, nous serons collectivement amenés à y travailler, car cette question dépasse largement le cadre technique : c’est un enjeu éthique (protection des données patients), stratégique (continuité de service en cas de crise) et économique.

Sur ma table

En novembre, au séminaire esprimed, nous parlions adaptation et médecine nucléaire ; j’y présentais le lien entre santé et écologie.

Sans le savoir, j’anticipais la publication du think-tank Santé Mondiale 2030, intitulée « Action climatique et santé : une même urgence, des bénéfices partagés ».

Un document passionnant qui met en évidence les co-bénéfices directs entre santé publique et écologie, et fait de cette dernière un levier d’action concret pour faire face au défi climatique.

Qu’en retenir ?

L’approche par les co-bénéfices sanitaires offre un levier puissant pour accélérer l’action climatique. Contrairement aux bénéfices climatiques, longs à observer et dépendants des politiques internationales, les bénéfices sanitaires se manifestent rapidement et localement. La santé, par son caractère universel, mobilise aussi des publics moins sensibles aux enjeux écologiques. Bien conçues, ces politiques peuvent même réduire les inégalités sociales de santé en protégeant les populations les plus vulnérables.

Pourtant, l’action sur les déterminants de santé reste marginale : la prévention représente moins de 3% du budget de la santé en France. Progresser implique un double changement : sortir d’un paradigme médical centré sur l’innovation technologique, et décloisonner les disciplines pour favoriser les collaborations. Les enjeux santé-climat permettent justement de réunir ces communautés qui « ne se connaissent pas ». Le rapport « Comment concilier nutrition et climat », co-porté par le Réseau Action Climat et la Société Française de Nutrition, illustre ces synergies fructueuses qui enrichissent le débat.

Enfin, l’approche sanitaire des enjeux climatiques représente un atout communicationnel majeur. Dans un contexte de backlash anti-science, la période Covid a mis en lumière la santé environnementale et l’approche One Health. Les événements climatiques extrêmes sont désormais traités par le prisme de leurs impacts sanitaires ; cela donne une résonance palpable et immédiate à ces enjeux.

Vous pouvez récupérer le document sur le site santé mondiale 2030.

Voir un cas client