
La médecine nucléaire fait sa crise d’adolescence et la dose publique mondiale augmente : c’est l’heure de Perspectives #2 !

PERSPECTIVES, est une newsletter « made in » esprimed
Les mois de février – mars sont ceux où tout s’accélère : les projets se mettent en place, les premiers congrès et rendez-vous professionnels avant de se lancer dans le marathon du printemps où tout s’enchaine très vite en mode « saut d’obstacle » entre vacances scolaires et ponts du mois de mai.
J’espère donc que vous êtes bien reposés ! Au menu de cette newsletter n°2, les premiers retours des congrès scientifiques et médicaux, encore un peu d’IA, et de la radioprotection : bonne lecture !

– Jeremy Coulot
L’analyse
La RIV en pleine crise d’ado ?
Plus besoin (ou presque) d’aller dans les congrès internationaux (ça fait du bien au bilan carbone) ! Pour peu que vous soyiez attentifs, les retours des participants pullulent avec de très belles analyses et retours d’expérience : désormais, la meilleurs source d’information pour savoir ce qui s’est dit à l’ASCO (par exemple), c’est peut-être.. Linkedin !
On y a vu apparaître des discussions passionnantes sur le dimensionnement de l’accueil en RIV/RLT, signe que cette modalité de traitement a désormais réuni assez de preuve et que l’enjeu est maintenant de « passer à l’échelle ». Il ne s’agit plus d’un enjeu scientifique mais de questions organisationnelles, structurelles, et financières.
Des sessions techniques dans les plus grands congrès internationaux
C’est notamment ce qui émerge de certains retours de l’ASCO ou, en dehors des questions relatives aux protocoles d’administration, la dosimétrie, la sécurité radiologique, etc. un thème a émergé : la complexité opérationnelle de la montée en charge. Quelques exemples des questions qui ressortent : l’accès à l’isotope est-il sécurisé au-delà du volume pilote ? Les flux de travail supportent-ils des thérapies cycliques et à haute complexité ? La médecine nucléaire, la radiothérapie et l’oncologie médicale sont-elles structurellement alignées, et pas seulement collégiales ? Des réflexions passionnantes bien résumées ici et qui complètent aussi la session institutionnelle des JFMN 2026.
Sur le même sujet, la SNMMI a publié une vidéo très instructive à retrouver ici.
Conclusion
L’adolescence, c’est un moment clé qui peut conditionner beaucoup de la vie d’adulte – et parfois il y a des phases difficiles ! Nul doute que le chemin sera encore agité pendant quelques temps, mais nous assistons / participons à un changement systémique.. et il faut avouer que c’est passionnant !
Retour d’expérience
Vous reprendrez bien une petite tasse ☕️ ?

Vous avez peut-être noté que nous avions lancé le club du café des CRPs en début d’année : (très) objectivement, le seul club dont vous avez envie de faire partie !
👉 Le concept : un accès aux mémos, documents partagés pendant le café, et, en bonus, l’accès au whatsapp pour continuer les échanges après les évènements. Le tout, bien entendu, gratuit et ouvert à toutes et tous !
Pour vous donner un aperçu, je vous laisse l’accès en exclusivité au dernier mémo, qui répond (qui sait) peut-être à une question qui vous taraude… en attendant de profiter d’une édition exceptionnelle du café des CRPs en direct de la Baule
Perspective du mois
Je sens que cette partie va souvent tourner autour du digital et de l’IA !
En effet l’intelligence artificielle fait encore et toujours parler, alors que son usage à des fins militaires a fait l’objet d’une passe d’arme entre Anthropic et le gouvernement américain. La firme à l’origine du développement de Claude a en effet récemment refusé que sa technologie soit utilisée :
- à des fins de surveillance de masse de la population,
- pour des armes létales entièrement autonomes (sans supervision humaine en dernier ressort).
Ce qui laisse quand même de la marge pour pas mal d’autres usages… contestables !
Ça vous inquiète ?
Vous n’êtes pas les seuls ! Les principaux protagonistes du secteur eux-même ne semblent pas tout à fait sereins. Ainsi, Dario Amodei (PDG de l’entreprise susnommée) s’est-il lui-même inquiété de la menace que faisait peser l’IA sur l’humanité. Pour reprendre les mots de Remy Noyon » s’il pense que le génie sera mauvais, pourquoi frotte-t-il sur la lampe ?«
La réponse courte tient (presque) en un mot selon lui : buzz. Dans la course au gigantisme actuel, il faut avant tout faire parler, et que l’on soit un « doomer » (catastrophiste) ou un « boomer » (enthousiaste), l’essentiel est de lever des fonds car finalement, quelle que soit son obédience, l’objectif est d’accélérer. Vous pouvez relire la phrase précédente, oui ça n’a pas de sens !
Au final et comme le souligne l’auteur de cette analyse que l’on soit optimiste ou pessimiste, dans les deux cas les débats invisibilisent les problèmes que posent déjà l’IA : bilan carbone, consommation d’eau, usage par des régimes fascistes, etc.
Sans diaboliser la technologie en elle-même il faut bien reconnaître que celles et ceux qui en tiennent les principales manettes ne nous rassurent pas beaucoup.
De quoi relancer les débats (sans fin) sur l’usage d’une technologie dont la vitesse de pénétration dans notre quotidien – mais aussi dans nos vie professionnelles, est sans précédent.
Sur ma table
Vous l’aviez laissé passer ?
Moi aussi. Pourtant , en tant qu’acteurs de l’imagerie médicale et de la médecine nucléaire, la radioprotection fait partie de notre quotidien (pour le meilleur et pour le pire). Ces vingt dernières années, et j’ai pu m’en faire le relais ici ou là, c’est cependant un champ qui s’est beaucoup transformé et dans lequel la compréhension des textes reglementaires est devenu l’activité principale, au détriment de réflexions plus fondamentales.
J’ai une bonne nouvelle cependant pour celles et ceux qui parmi vous s’intéressent aux enjeux sanitaires de la radioprotection, je vous recommande la lecture (attention c’est un peu indigeste, il faut cibler un peu les bons paragraphes) du rapport UNSCEAR sur l’exposition du public hors exposition médicale (annexe B)
Qu’en retenir ? Essentiellement que la dose annuelle mondiale moyenne due aux sources naturelles est désormais estimée à 3,0 mSv, contre 2,4 mSv dans le rapport UNSCEAR 2008.
C’est grave docteur ?
La réponse est non : cette hausse s’explique par des améliorations méthodologiques et une meilleure disponibilité des données — notamment une couverture de plus de 60 % de la population mondiale contre moins de 40 % auparavant en ce qui concerne l’exposition au radon — et non par une augmentation réelle de l’exposition du public.
L’exposition médicale n’est pas réévaluée dans cette édition, mais c’est prévu pour la prochaine. Ce type de rapport, bien que dense et complexe, a cependant l’intérêt de proposer une synthèse très complète de l’état des connaissances internationales sur le sujet – et propose un bibliographie que je vous incite à fouiller ! Et dans tous les cas voici une source d’info précieuse pour celles et ceux qui doivent préparer des cours de sensibilisation à la radioprotection !

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