
Perspectives #6 : retour de vacances

PERSPECTIVES, une newsletter « made in » esprimed
Deux mois de repos, c’est trop ? au vu de la densité de la rentrée, peut-être que ce n’était pas assez…
La rafale des déclarations fracassantes (et l’odeur de frites) depuis la rentrée de septembre ne nous trompe pas : nous entrons de plain-pied dans une période d’élection dans un pays sous haute tension économique, géopolitique, écologique. Dans ce paysage le sujet santé, pourtant au rang n° un des principales préoccupations des français n’a pour l’instant (à l’heure où j’écris) pas été évoqué par les différents prétendants. Le sujet, hautement inflammable (sans jeu de mot) est aussi éminemment complexe, ça va être difficile d’annoncer des solutions miracles à une population Française de plus en plus défiante à l’égard des politiques.
Comment sera traitée l’imagerie médicale dans les prochains budgets ? Variable d’ajustement financière ou acteur essentiel d’une prise en charge de qualité ? On espère surtout (sans trop d’espoir) que la question sera traitée sérieusement – le système de santé, les professionnels, et les patients le méritent

– Jeremy Coulot
L’analyse
L’intelligence artificielle va-t-elle guérir le cancer ?
C’est le titre d’un article de Xavier Olessa Daragon dans le Grand Continent (disponible ici, lien payant) publié en aout et qui a fait suite à la publication des résultats d’un essai de phase III de Merck et Moderna (M&M) dans le traitement du mélanome.
Que nous dit l’auteur de cet article ?
D’une part que ce traitement est en réalité la combinaison de deux molécules développées « avant l’IA », plus précisément avant l’arrivée grand public des LLMs en 2023 (la précision sémantique impose les guillemets, il faudrait en effet définir précisément ce qu’est l’IA).
Pour comprendre l’apport de l’IA, il faut décomposer le fonctionnement de ce traitement (et pardon d’avance si je manque de précision, n’hésitez pas à me le dire si vous détectez une erreur). Tout part d’une biopsie de la tumeur du patient à partir de laquelle on réalise une cartographie des mutations génétiques présentes. Ces dernières sont analysées en détail pour sélectionner les 34 les plus susceptibles de susciter une réponse immunitaire (pourquoi 34 ? mystère)
On fabrique ensuite un vaccin basé sur la technologie de l’ARN messager (oui vous connaissez) incorporant ces mutations dans le but de susciter une réponse immunitaire contre ces dernières. L’injection de Keytruda, dans un second temps, a pour but d’empêcher les cellules cancéreuses d’inhiber cette réponse immunitaire.
Il ne s’agit donc pas à proprement parler d’un traitement « développé par IA » mais plutôt d’un traitement qui peut être mis à l’échelle par l’IA (par ailleurs entrainée sur un jeu de données ultra riche issu de la recherche clinique). L’IA permet ici de raccourcir considérablement le processus, et de le rendre « viable » économiquement (on parle quand même, toujours dixit l’article, de plusieurs centaine de milliers de dollars par an, en plus des 150000 dollars par an du keytruda…
Pour l’instant l’essai de phase III semble promis au succès, et la combinaison vaccin ARNm + keytruda supérieure au keytruda seul (actuellement la référence). Mais le gain sera-t-il suffisamment significatif ? L’avenir le dira.
Cette nouvelle modalité de traitement ouvre, d’une certaine manière, une nouvelle ère, et nous verrons dans les prochains mois / année de plus en plus souvent l’IA s’inviter dans les études cliniques : en décembre 2025, 117 actifs thérapeutiques conçus « avec l’IA » étaient en cours d’essais cliniques.
On parle ici d’un essai clinique avec un grand nombre de patients et un nombre considérable de données collectées et analysées – mais on imagine aisément ce que l’IA pourrait apporter en imagerie et médecine nucléaire – les données dites « radiomiques » bien sur, mais aussi les informations dosimétriques – notamment en RIV- à la fois pour analyser une grande quantité de données mais aussi pour reconstituer les données parcellaires ou manquantes – distribution du produit, cinétiques, etc.
Pour une fois, on a hâte de voir le potentiel de ces modèles.
Retour d’expérience
Radioprotection des travaillleurs en radiologie interventionnelle où en sommes-nous ?
J’ai lu avec intérêt l’excellent papier de l’équipe de Nîmes qui nous propose une analyse globale des données de radioprotection sur 17 centres français pratiquant la radiologie interventionnelle.
Voici ce que j’en retire (lecture partiale et personnelle) et les questions et réflexions que cela suscite chez moi :
- Dans leur immense majorité, les médecins radiologues disposent d’un dosimètre corps entier et le portent (traduction : les CRPs font bien leur métier, les personnes sont suivies, et la « compliance » à porter son dosimètre s’améliore)
- Les mêmes portent moins leurs dosimètres extrémités et cristallin (ils en disposent aussi moins souvent)- un paradoxe car ces sont aussi les zones les plus exposées. Traduction : la barrière « pratique » est toujours là : si c’est compliqué, le dosimètre n’est pas porté. On n’a pas encore trouvé comment surmonter cette barrière…
- La dose corps entier pour ces professionels n’est pas un enjeux : elle est inférieure à 1 mSv pour la grande majorité des praticiens ! Circulez, il n’y a rien à voir (mesurer) !
Plus concrètement, on voit bien que les bonnes pratiques sont connues, et le matériel de protection disponible (écrans essentiellement). Les rares dépassements sont constatés, sans surprise, au niveau des yeux et des extrémités – plus difficile à optimiser, plus difficile de se protéger. Le nombre de dépassement des limites reste cependant très faible (1,6% – à pondérer par le port moins fréquent des dosimètres, le chiffre réel est donc probablement supérieur)
La formation reste un point d’attention : 30 à 25 % des médecins (selon la spécialité) ne sont pas à jour en matière de formation radioprotection travailleurs, 20 à 30 % pour la formation Radioprotection patient.
Ces points peuvent certainement être associés à la difficulté de suivre les mises à jour dans le temps pour les services formation (turn-over, periodicités différentes, difficultés à faire remonter les informations, notamment lorsque les formations sont réalisées en interne) mais aussi à la complexité d’organisation perçue (temps minimal pour la formation patient par exemple). On le sait, la formation continue est quelque chose d’aussi essentiel que complexe à organiser et financer..
Ce sont les principaux enseignements que je retiens, mais je vous invite à consulter l’article pour approfondir le sujet. Je retiens pour ma part que la radioprotection en pratique interventionnelle radioguidée à tout de même bien progressé, mais va se heurter prochainement à un plafond de verre (quel taux de formation max atteignable compte tenu des contraintes organisationnelles actuelles ? Comment améliorer le port des EPI aux extrémités) qui lui-même va se heurter à une métrique souvent oublié : le coût du µSv.
Atteindre un niveau de 100 % de protection, zéro dépassement, ne sera pas un effort linéaire et la pression règlementaire ne suffira pas. Dans un contexte budgétaire de plus en plus tendu quel avenir et quel horizon pour la radioprotection en PIR dans les 10 prochaines années ? Qu’en pensez-vous ?
Perspective du mois
La médecine nucléaire, moteur du parcours de soin : C’est le thème de la 4e édition du séminaire « Médecine nucléaire » esprimed, qui se déroulera le 13 novembre cette année encore à Courbevoie.
Si vous n’avez pas encore votre place, arrêtez tout et prenez là ici.
Pourquoi ce thème ?
Parce que chaque année, dans le séminaire esprimed, on cherche à « penser » la médecine nucléaire dans son environnement (politique, scientifique, économique, scientifique) et que la question de l’accès au soin, n’a jamais été autant d’actualité qu’en cette période pré-electorale.
Mais aussi parce que, symboliquement, il me semble que la position de la médecine nucléaire a changé dans le paysage : son rôle prépondérant en oncologie et cardiologie, son statut d’actviité de soin, mais aussi bien entendu l’emergence de la RIV l’ont faite évoluer dans le paysage médical.
Alors comme chaque année, on rassemble les principaux acteurs et actrices qui viendront témoigner, échanger, discuter, pendant une journée organisée en 4 séquences interactives
- L’organisation des soins au niveau des territoires
- Structuration de l’offre de soin : les collaborations
- La médecine nucléaire en réseau : l’expérience du ROCA
- Le parcours de soin en RIV : créer et développer une activité RIV
Avec toujours le format qui a fait le succès de cet évènement : une présentation + une table ronde, des questions en direct live, et du temps pour échanger (avec les fameuses pauses café qui font du bien pour prolonger la discussion)
Voici le programme complet
Comme chaque année, j’ai hâte de vous accueillir avec toute l’équipe esprimed dans le magnifique auditorium de la Tour Workstation à Courbevoie pour une nouvelle journée d’échanges et de discussions
Sur ma table
Bon, j’avoue, je ne l’ai pas encore lu : et pourtant, Il va bien falloir ! L’ASNR a publié ici son bilan 2025 des expositions professionnelles aux rayonnements ionisants en France. Le sous titre est alléchant : « un effectif suivi en hausse et un niveau moyen d’exposition en baisse » : tout un programme !
Sans trop de surprise, le domaine médical, qui représente le premier effectif suivi, est de loin celui le moins exposé (on va s’en féliciter collectivement) : 0,06 mSv/an contre 0,3 pour l’ensemble des personnes surveillées en France.
Quelques données remarquables en guise d’amuse-bouche :
📌 Plus de personnes suivies (265 484), mais une dose efficace toujours plus basse (-11%)
📌 Une dose efficace moyenne de 0,3 mSv annuelle, avec de fortes disparités selon les domaines
📌 La dose efficace moyenne dans le domaine médical s’élève à… 0,06 mSv annuel.
📌 Seuls 10 % du total des travailleurs suivis en France (tous domaines confondus) ont dépassé 1 mSv annuel..
📌 Les contaminations internes restent ultra rares, avec seulement 4% des travailleurs mesurés ayant eu un examen positifs
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