
Perspectives #5 :canicule☀️, fiction, ASNR et électrons

PERSPECTIVES, une newsletter « made in » esprimed
Comment débuter cette newsletter de juin sans parler de la canicule historique qui a étouffé la France pendant 10 jours ?
On peut l’aborder de tout un tas de manière en tant qu’acteur de la santé : nombre de morts, engorgement des urgences, difficultés de vie des soignants, etc.
Il faudra du temps et du travail pour faire le bilan concret et approfondi de cet épisode qui a surpris (presque) tout le monde par son intensité et sa précocité. J’en ai déjà parlé, notamment ici, nos activités d’imagerie doivent désormais être pensées dans leur dimension causale (quel impact de mon activité sur l’environnement) mais aussi en terme de résilience : comment continuer à « prendre soin » et préserver ses capacités opérationnelles quand la chaleur met à mal les infrastructures critiques ? Et en particulier électriques : le Finistère et les Yvelines, soit plusieurs dizaines de milliers de Français, ainsi que quelques quartiers de Paris ont connu de longues coupures de courant durant cet épisode.
Cela m’incite à vous poser une question simple : vos activités ont-elles été perturbées (pannes machines, problèmes de personnel, retards, etc.) par cet épisode climatique ? Vous pouvez répondre ici. Les données sont anonymes, si j’ai suffisamment de retours, je vous ferais une synthèse ici.
Nous rentrons dans les mois d’été (qui sont aussi les plus chauds) je vous souhaite donc de bonnes vacances pour celles et ceux qui en prennent, et bon courage pour ceux qui restent sur le pont, dans des conditions qui risquent encore d’être compliquées.

– Jeremy Coulot
L’analyse
Un avis de l’ASNR qui change la donne pour la recherche clinique en radiothérapie interne vectorisée ?
Le 2 juin, l’ASNR a publié un avis important sur l’utilisation de radionucléides dans le cadre de la recherche clinique – et en écho, a annoncé officiellement la création, avec l’Inca, d’un groupe national de suivi de la médecine nucléaire thérapeutique lors des assises de la médecine nucléaire le 2 juillet.
Objectif : mieux coordonner l’action des pouvoirs publics pour faciliter le développement de la RIV, et notamment faciliter la recherche clinique en fluidifiant les échanges avec l’administration.
👉 On retrouve l’esprit du groupe national de suivi de la radiothérapie piloté par l’Inca, instance bien établie désormais.
Au delà de cette annonce, l’ASNR demande dans son avis :
➡️ d’intégrer très en amont les sujets de radioprotection dans les protocoles de recherches cliniques, du côté fabricants et promoteurs,
➡️ que les besoins matériels et organisationnels nécessaires à la radioprotection soient intégrés dès la définition du protocole,
➡️ que les données utiles de radioprotection soit collectées durant l’essai et largement partagées – elle demande en particulier aux fabricants, promoteurs et investigateurs de documenter ce sujet le mieux possible,
➡️ que les essais s’appuient sur des centres investigateurs disposant de ressources importantes en compétences et moyens techniques pour récolter et structurer ces données de radioprotection.
Dernier point, et là ça pique parce qu’on entre dans un no man’s land, l’ASNR insiste sur le besoin de documenter la relation dose-effet : oui, on parle de dosimétrie patient !
Un pas en avant significatif pour une meilleure structuration de l’écosystème réglementaire autour des essais cliniques. Le besoin était connu depuis longtemps, le temps nous dira si la réponse est à la hauteur des attentes : en tout cas, les choses continuent à bouger !
Pour les curieux, l’avis est consultable ici
Retour d’expérience
Fiction métrologique
Je ne recule devant rien pour faire passer les bons messages ; aujourd’hui, tentative de récit autour de la mesure d’activité et la métrologie (dites-moi si ce format vous parle). évidemment, cela relate une histoire parfaitement vraie.
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Tout commence par une réclamation suite à étalonnage. Un service de médecine nucléaire mesure un flacon d’iode-123 sur deux de ses activimètres, étalonnés le même jour, et obtient deux résultats qui divergent de 10 %.

D’où vient l’erreur ?
Première série de questions pour cerner le problème. Utilisez-vous bien le même équipement — chemise et louche — que lors de l’étalonnage ? Que disent vos contrôles qualité ? Sont-ils conformes ? En première analyse, tout est en ordre : les données ne révèlent aucune erreur, le matériel ne semble pas avoir bougé, et les CQ sont conformes. Rien n’explique l’écart.
L’équipe labo se rend sur place. C’est là que l’anomalie apparaît : l’équipement physiquement associé à l’activimètre n’est pas celui référencé dans les certificats d’étalonnage. La chemise et la louche en place ne sont tout simplement pas celles qui figurent sur les documents.
Alors, d’où vient l’écart ? Le mystère s’épaissit.
En examinant le matériel de plus près, deux erreurs sont identifiées. Point important, l’étalonnage des dispositifs s’est déroulé sur deux jours. Dans la nuit, le service avait remplacé l’équipement associé à l’activimètre, pensant qu’il s’agissait d’un matériel strictement identique. Première erreur. En reprenant le second jour, les techniciens de métrologie n’ont pas vérifié que le matériel était resté inchangé… alors que l’étiquetage différait. Deuxième erreur.
L’étalonnage s’est donc poursuivi sur un équipement dont les caractéristiques n’étaient plus maîtrisés.
Le mécanisme de l’écart est dès lors clair. Le flacon d’I-123 avait été mesuré le premier jour, avec le matériel d’origine ; à partir du deuxième jour, l’équipement associé n’était plus le même. Résultat : 10 % de divergence.
Restait la conformité des CQ : pourquoi n’ont-ils rien montré ? Les valeurs de référence du contrôle qualité avaient été définies à la fin de la prestation… donc avec le second équipement. Le CQ mesurait ainsi sa cohérence avec le matériel modifié : l’écart existait, mais le contrôle était structurellement aveugle à son impact.
La résolution a tenu en deux points : un réétalonnage mené avec un seul et même matériel du début à la fin, et une re-sensibilisation, des deux côtés, au fait que l’équipement associé fait partie intégrante de la chaîne de mesure. Ce n’est pas parce qu’une chemise et une louche sont dentiques à l’œil nu qu’ils ont les mêmes caractéristiques physiques. L’oublier peut conduire à des erreurs de mesure… significatives !
Les deux louches en question ci-dessous : vous voyez la différence ?


Vous aimez ce format ? dites le moi par retour de mail, et n’hésitez pas à me faire vos suggestions !
Perspective du mois
La médecine nucléaire, moteur du parcours de soin ?
De tout temps, les « imageurs », à savoir médecins nucléaires et radiologues, ont été perçus (à leur corps défendant) comme des « prestataires de service ». Un demandeur, un réalisateur : l’examen est compris comme une étape technique au sein d’une chaîne de prise en charge plus large.
Mais ce contexte change. Sous l’effet conjugué des recompositions territoriales et d’une articulation ville-hopital qui évolue, de l’essor des coopérations en libéral et en réseau, et surtout de la montée en puissance de la RIV — qui impose de construire ses propres filières de soin —, la discipline s’éloigne progressivement de ce modèle.
Ce changement systémique n’a rien d’automatique : être « moteur du parcours de soin » n’est pas une position acquise : organiser des filières, asseoir sa légitimité dans les organisations régionales, créer un lien fort avec les cliniciens est une tâche qui nécessite vision long terme et engagement de toute la communauté.
Comment les filières et organisations évoluent au niveau territorial ? Quels sont les modes de coopération qui se développent ? Et qui sont les acteurs et actrices invisibles de ce changement ? Voilà, dans les grandes lignes comment vont s’organiser les échanges lors du prochain séminaire « Medecine nucléaire » ESPRIMED, qui se déroulera le 13 novembre, toujours à Courbevoie, et toujours sur le même modèle : 4 grands thèmes, 4 orateurs clés, 4 tables rondes interactives, un(e) grand témoin, et toujours autant de temps pour l’échange et la discussion sur les sujets qui animent la médecine nucléaire en 2026 et pour les années à venir.
Je vous en dit plus très très bientôt, avec les annonces des premiers orateurs et oratrices de ce moment fort de l’année !
Sur ma table
Free the electrons
Ce mois-ci je vous propose une nouvelle lecture périodique (que je n’ai pas encore pu tester) sur l’actualité sectorielle proposée par six confrères et consoeurs qui l’ont annoncé ici.
Électron Libre est une nouvelle newsletter sur l’actualité de la physique médicale(garantie sans IA), qui proposera 4 à 6 fois par an, dixit son comité de rédaction, un contenu accessible et synthétique traitant des thématiques de ce domaine – allant de la radiothérapie à l’imagerie en passant par la médecine nucléaire.
Il s’agit d’une initiative totalement bénévole et indépendante, et j’avoue avoir hâte de lire la première édition !
La meilleure manière de vous faire une idée : vous abonner, en cliquant sur ce lien.
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