Perspectives #4 : IA le retour, pédiatrie, qualité et démocratie
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Perspectives #4 : IA le retour, pédiatrie, qualité et démocratie

Écrit par Jérémy Coulot le 2 juin 2026

PERSPECTIVES, une newsletter « made in » esprimed


Le mois de mai est un mois vraiment discontinu, et en plus cette année, il s’est conclu par une canicule inédite : j’ai donc deux excuses originales pour vous envoyer votre newsletter a nouveau avec quelques jours de retard !
 
 Au menu du mois le retour de l’IA dans Perspectives, la qualité en médecine nucléaire qui atteint (presque) la maturité, de la radioprotection pédiatrique, et la démocratie qui n’a pas dit son dernier mot.
 
 Bonne lecture à toutes et à tous
!

– Jeremy Coulot

L’analyse

On fait le bilan (calmement)


En mai l’ASNR a publié son bilan annuel de la radioprotection 2025(#400 pages, je n’ai pas tout lu) présenté à l’OPECST le 28 mai (c’est sur Youtube, allez-y c’est mieux que Netflix).
 
 En attendant d’entrer dans les détails de ce rapport, notons le focus fort réalisé sur plusieurs événements significatifs de radioprotection (ESR) impliquant des cohortes de patients en radiologie conventionnelle et interventionnelle. Ces ESR, inédits en raison du nombre de patients concernés, font partie des faits marquants de l’année cités dès l’introduction du rapport.
 
 Ils justifient la campagne lancée par l’ASNR autour de la radiologie pédiatrique, et la mise en ligne d’une grille d’auto-évaluation pour les centres de radiologie à consulter et surtout… à utiliser.
 
 L’objectif de l’ASNR (et par conséquent celui toute la radiologie) : remettre l’attention des professionnels sur la radiologie conventionnelle.
 

La radiologie conventionnelle « dans le viseur »


Elle a en effet été un peu oubliée de la démarche d’optimisation ces dernières années, car moins sous le feu des projecteurs (l’ASN ayant beaucoup mis l’accent sur les pratiques interventionnelles ou la scanographie). Elle est aussi perçue comme à moins fort enjeu dosimétrique .
 
 Ces prochains mois il faut donc s’attendre à un focus de l’ASNR sur les activités pédiatriques dans vos services,
 
 Je vous invite donc à vous saisir de la grille d’auto-évaluation rapidement !

Retour d’expérience

Les journées de La Baule 2026 ont eu lieu les 29 et 30 mai, sous un soleil de plomb :  qu’en retenir ?


 
Première impression, je note un intérêt maintenu et l’impression de voir progresser globalement la maturité des participants sur la thématique qualité.
 
 Voici ce qui m’a marqué durant ces deux demi-journées (sélection absolument et complètement subjective)
 
 Retour d’expérience ASNR : le bilan est toujours rassurant en ce qui concerne la sécurité des patients et des travailleurs – malgré quelques ESR atypiques ; on confirme (ça ne nous étonne pas) que la médecine nucléaire est somme toute une discipline très « safe ». Reste un point qui m’a étonné (en particulier dans le contexte orienté « qualité » des journées de la Baule : la majorité des ESR concerne la partie « préparation » (comprendre préparation de l’activité) dans le parcours patient… alors qu’il s’agit d’une des étapes les plus encadrées via le travail de fond réalisé ces dernières années dans les radiopharmacies. un point qui mérite approfondissement.
 
 L’exercice de crise « cybersécurité », présenté par le docteur Fontaine du centre de Quimper m’a vraiment plu. En effet, il me semble qu’il marque une vraie prise de conscience qu’en matière de cybersécurité, la question n’est pas le « si », mais le « quand ».
 
 Il faut oser mettre en péril toute une journée d’activité pour réaliser, de manière impromptue, un « stress test » en condition réelle et vérifier qu’on est effectivement prêt à faire face à une attaque informatique : chapeau au centre Georges Charpak sur ce sujet !
 
 Préparer son audit ASNR est un sujet pas si anodin tant cette phase « inspection » est encore vécue douloureusement par les équipes pour tout un tas de raison qu’il serait bien difficile de résumer ici. Virginie Motte de CEOS consult a bien résumé a la fois les enjeux de l’inspection et les quelques règles simple qui permettent de l’aborder sereinement.
 
 Enfin, j’ai été très impressionné par la présentation du groupe EVESIO sur leur démarche de certification ISO 9001 en multisite, qui montrait une grande maturité et une organisation pensée pour être efficace et pragmatique – une stratégie incarnée et portée par une vision claire. Une magnifique illustration de comment la démarche qualité contribue à la robustesse d’une organisation et finalement un conclusion parfaite à ces journées qui confirme mon impression globale : la démarche qualité n’est plus un sujet nouveau pour les acteurs de la médecine nucléaire. Il y a certainement un biais (les journées de la Baule attirent les personnes les plus impliquées) mais par rapport aux premières éditions, les questions sont plus précises, les remarques plus approfondies, bref, on sent que le sujet devient, chaque année, plus mature.

Perspective du mois

Je passe trop de temps sur les réseaux sociaux


 
Mais parfois je tombe sur des posts intéressants, par exemple celui de Jan Beger, « Gobal Head of AI advocacy » chez GE.
 
 Et ce post m’a intéressé car il se base sur une publication scientifique « The augmentation myth: AI, economics, and workforce substitution in radiology » qui expose (selon les auteurs) une contradiction fondamentale entre la manière dont l’IA est promue (l’IA ne vous remplace pas, elle vous augmente) et la réalité de son business model : La promesse d’augmentation cache peut-être une logique de substitution que le secteur n’ose pas encore nommer.
 
 
En effet depuis l’émergence des premier outils d’IA, ces algorithmes sont vendus comme des outils qui vont « augmenter » le radiologue, pas le remplacer. Cependant, dans toutes les autres industries, ce n’est pas ce qu​i s’est passé : l’IA a effectivement remplacé une partie des salariés. C’est même le principe de son modèle économiques (et apparemment les « gourous » de la tech font le même constat).
 
 Les auteurs prennent comme exemple le dépistage du cancer du sein en double lecture. Selon eux, les études les plus récentes suggèrent que le modèle économiquement viable n’est pas d’ajouter l’IA comme « troisième lecteur » — mais de l’utiliser pour remplacer le deuxième lecteur humain . L’IA n’est pas déployée pour dépasser les capacités humaines, mais pour reproduire le même niveau de soin… en divisant par deux les effectifs de radiologues nécessaires.
 
Bref, je vous incite à consulter l’article qui avance bien plus d’arguments que je ne peux pas détailler ici.
 
Reste que le débat est loin d’être clos : si certaines tâches de bases peuvent être substituées, l’action du travailleur est orienté vers d’autres sujets (par exemple, les ingénieurs « revoient le code, architectent le code, déboguent le code » au lieu de l’écrire). On modifie les emplois plutôt qu’on les fait disparaître.
 
Comme le souligne Jan Beger dans un commentaire de son post, le discours est confus à tous les niveaux : le camp de « l’augmentation » sous-estime la pression économique, le camp des « remplaçants » exagère à quoi ressemble réellement la substitution en pratique.
 
 On n’a pas fini de se faire des noeuds au cerveau.
 
 Et vous, augmentiste ou remplaçantiste ? Hâte de connaître votre avis ! 

Sur ma table


Au hasard de la bibliographie et de mes obsessions du moment (peut-être que j’aurais du appeler cette newsletter « obsessions » finalement 😅), je suis tombé sur un document « pépite » : le rapport de la Commission Nationale du Débat Public (CNDP) sur le plan national de gestion des matières et déchets radioactifs.

Bon, je vous vois venir : quel sujet passionnant.

Et pourtant ce document a beaucoup d’intérêt, à plusieurs titres. Tout d’abord, il est d’une grande qualité de rédaction, et je trouve réconfortant de voir que le débat démocratique existe, et qu’il permet la participation des citoyens à des réflexions aussi complexes et techniques – autant que politiquement sensibles. Le document n’est pas parfait, et la CNDP ne manque d’ailleurs pas de remarquer dès les premières pages que tout le monde n’était pas très motivé par le débat citoyen. Enfin (et je crois que c’est une première) le rapport fait une place importante à la question des déchets radioactifs issus du médical, et c’est très significatif de l’évolution des pratiques, notamment en médecine nucléaire. Entendre, comprendre ce que les citoyens ont à dire, écouter leur vision, c’est, me semble-t-il, salutaire car cela nous permet de sortir de « l’entre-soi » professionnel. Stimulant intellectuellement.

Bref, vous l’avez compris je vous invite à aller consulter ce document que vous trouverez ici : 



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